Une identité en mouvement
Comprendre la transculturalité et le croisement des cultures
L’identité est souvent définie comme l’ensemble des caractéristiques qui permettent de reconnaître une personne, un groupe ou une culture.
Le chercheur Rik Pinxten distingue trois dimensions essentielles de l’identité :
- la personnalité, qui renvoie à l’histoire individuelle, aux émotions et aux choix personnels ;
- la culturalité, qui englobe les valeurs, les traditions et les références symboliques ;
- la socialité, qui concerne les liens, les appartenances et les interactions avec les autres.
Selon Pinxten, lorsque l’une de ces dimensions est menacée par un sentiment de trahison, une pression sociale ou la peur du changement, c’est l’ensemble du sentiment identitaire qui peut entrer en tension. L’équilibre entre ces trois pôles devient alors fragile, et la personne peut ressentir un désalignement intérieur qui fait surgir le fameux questionnement : « Qui suis-je ? »
Pour Hédi Bouraoui, poète, romancier et essayiste tuniso-canadien, l’identité ne se définit pas par des catégories fixes. Elle est transculturelle, c’est-à-dire en mouvement, ouverte aux traversées, aux échanges et aux métissages.
Une identité au‑delà des frontières
Traditionnellement, l’identité est associée à des notions de lieu de naissance, d’appartenance nationale, de langue ou de culture dominante. Mais pour Bouraoui, ce modèle est insuffisant : "l’identité ne se réduit pas à une origine unique, elle naît des interactions complexes entre espaces, temps et trajectoires personnelles."
Plutôt que de répondre à la question « Qui suis-je ? » par une liste de caractéristiques statiques, l’identité transculturelle nous invite à voir le « je » comme une construction dynamique, continuellement remaniée par les multiples influences culturelles rencontrées au fil de la vie.
Une expérience plurielle
Le concept central n’est pas le multiculturalisme, qui juxtapose des cultures sans nécessairement les faire dialoguer, mais la transculturalité, qui s'inscrit dans une logique de traversée et de croisement continu des cultures. Pour Bouraoui, l'identité transculturelle se caractérise par plusieurs dimensions :
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Le passage et l’échange : les cultures ne sont pas des entités isolées mais entrent en contact, se transforment mutuellement et se recomposent.
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La pluralité de l’être : l’individu transculturel n’est pas un « mélange homogène » mais une coexistence vivante de références multiples.
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Le mouvement intérieur : l’identité se redéfinit sans cesse à travers l’expérience, le déplacement et la relation à l’autre.
Ainsi, loin d’être une simple juxtaposition d’identités culturelles, la transculturalité offre une expérience plurielle, où chaque culture emprunte, donne et se reconfigure. L’identité transculturelle se lit comme un mouvement qui traverse, plutôt qu’un lieu où s’arrêter.
La transculturalité : un espace thérapeutique précieux
En thérapie, la question de l’identité est centrale, car nous nous construisons avec notre environnement. La transculturalité permet alors d’accueillir la pluralité de ses appartenances, ses contradictions, ses loyautés intérieures et ses mondes qui parfois s’entrechoquent.
Elle offre un espace où il devient possible de trouver un équilibre entre les héritages multiples et les expériences personnelles, et d’intégrer ces différentes dimensions sans les hiérarchiser ni les figer.
Conclusion : penser l’identité en mouvement
Notre identité n’est pas figée. Elle se transforme, se construit et se réinvente au fil du temps, des expériences et des rencontres. Elle ne dépend pas des « étiquettes » que l’on nous attribue, mais de ce que nous ressentons juste, profondément, pour nous-mêmes.
Pour Bouraoui, l’identité est un processus en devenir, façonné par l’expérience, la pluralité et la rencontre. Penser l’identité aujourd’hui, c’est accepter de penser en mouvement : dépasser les frontières figées, accueillir la complexité des héritages, et faire de l’être une œuvre ouverte, traversée par des flux culturels multiples. Dans ce mouvement, la transculturalité devient une expérience humaine essentielle pour comprendre qui nous sommes dans un monde globalisé.
Fatima Moustakime, Gestalt praticienne