Ce moment où tu prends conscience que, longtemps, tu as été effacé(e). Pas par absence, mais par adaptation.
Ta place n’était pas vraiment la tienne. Tu avais juste appris à te taire, à minimiser, à t’ajuster, à faire moins de bruit, à ne pas déranger et à ne pas trop demander.
Exister devenait douloureux. Parler était un effort. Nommer était risqué. Dire « je » semblait presque déplacé.
Et puis, dans le processus thérapeutique, quelque chose se remet en mouvement, tout doucement.
Tu commences à sentir que tu as été trop souvent absent(e) à toi-même, que tes besoins ont été mis de côté, tes limites ont été ignorées, et ta parole n’a pas toujours trouvé d’oreille.
À cet endroit-là, une autre phase s’ouvre. Celle où tu fais tout ce que tu peux pour commencer à exister. Tu parles un peu plus, tu dis non, tu nommes ce qui ne va pas et tu commences à te choisir, timidement... Paradoxalement, c’est là que la lutte commence.
Parce que les autres connaissaient que ton ancienne version : celle qui s’adaptait, qui encaissait et qui faisait avec.
La nouvelle version dérange, déplace les équilibres et questionne les habitudes relationnelles bien installées. Tu as l’impression de devoir justifier tes choix, ton regard, ta posture. Devoir expliquer et convaincre. Comme si, pour exister, il fallait encore demander la permission.
Alors tu luttes... contre les autres, contre toi et tes anciens mécanismes, contre la culpabilité et la peur d’être rejeté(e).
Ce travail est fatigant. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’apprendre de nouveaux gestes relationnels. Il s’agit de réparer ce qui n’a pas pu exister jusqu’à ce jour.
Lutter pour exister, c’est lutter pour toutes les parties de toi qui se sont effacées pour survivre. Celles qui se sont tues pour être aimé(es), qui ont fait passer l’autre avant et qui ont appris que leur présence était conditionnelle.
Cette lutte, c’est un mouvement interne de restauration qui demande de l’énergie. Mais ce processus est nécessaire. Parce que sans lui, tu continues à disparaître.
Alors à toi qui luttes pour exister aujourd’hui, je veux te dire ceci :
Un jour, tu existeras tellement que tu n’auras plus besoin de lutter.
Ta parole trouvera sa place, ta présence sera puissante, ton vécu sera légitime.
Tu ne chercheras plus à convaincre parce que tu SERAS.
Et ce jour-là, la lutte laissera place à l’ancrage, à une existence pleine, incarnée et vivante.
Exister ne sera plus un combat.
Ce sera un ÉTAT.
Ton état intérieur.
Fatima Moustakime, Gestalt praticienne